Sortie en début d’année, cette « New Turtle » m’a immédiatement tapé dans l’œil.
En effet, comme bien d’autres, je ne suis pas insensible aux montres « vintage » à travers les belles histoires à la fois horlogères et humaines qu’elles racontent. Cependant, le marché des montres vintage ayant explosé ces dernières années, il devient de plus en plus difficile de trouver un bel exemplaire et au moins aussi périlleux de se risquer à un achat sans avoir des connaissances quasi encyclopédiques de la montre convoitée… ou une confiance sans limite dans le vendeur. C’est donc tout naturellement que mes goûts horlogers me portent vers les rééditions de montres inspirées d’un glorieux passé dont cette Seiko « New Turtle » référencée SRP777K1 fait partie. Dans le cas présent,  l’achat peut se faire les yeux fermés, sans risques sur l’état, l’authenticité, l’étanchéité ou l’entretien.


Ces dernières années, nombreuses sont donc les marques à s’être lancées dans la mode du néo-vintage mais elles le sont moins à pouvoir se prévaloir d’une histoire aussi riche que Seiko en matière de montres de plongée. Un petit retour dans le passé nous apprendra que la marque est présente sur ce marché dès 1965 et que cette précocité générera de nombreuses références dont le succès auront marqué leur époque. Sont ainsi à mettre au palmarès de Seiko la référence 6217 (1965-1968) ou la réf. 6105 (1968-1977) vue au poignet de Martin Sheen interprétant le rôle du capitaine Willard dans le film « Apocalypse Now » de Coppola dont les conditions de tournage dantesques ont marqué l’histoire du cinéma. On compte également parmi les références célèbres la 6309 (1976-1988) et la 6306 (1976-1981), dont notre Seiko SRP777K1 apparaît comme une version modernisée, qui cette fois sera aperçue au poignet d’Ed Harris dans le film « Abyss » de James Cameron ou de personnalités du monde du rock comme Mick Jagger, Don Felder (The Eagles) ou Brian May (Queen). Puis viendront la réf. 7002 et enfin les modèles plus récents et toujours au catalogue comme la SKX007, SBDC001 etc. Bref, une lignée de montres de plongée au mouvement automatique simple et fiable qui feront le bonheur de nombreux plongeurs à travers le monde. A noter qu'il existe en parallèle une gamme dédiée à la plongée professionnelle, aux exigences plus draconiennes.


Après cette petite incursion dans le passé, retournons à l’étude de cette New Turtle.


Sur ce modèle intégré à la collection Prospex de Seiko caractérisée par le X positionné sur le cadran à six heures, on retrouve avec plaisir le boîtier en forme de coussin de son ancêtre (d’où son surnom de turtle) aux généreuses dimensions de 44,3 mm pour 13,4 mm d’épaisseur identiques aux mensurations de la 6309. Ces dimensions qui au premier abord peuvent paraître importantes sont en réalité en adéquation avec la vocation d’une montre de sport dont la lisibilité doit être un point fort sinon essentiel. D’autant que le confort au porté n’est en rien altéré par ce format : la montre se positionne bien sur le poignet et l’on ne ressent aucun déséquilibre. Notons au passage que cette boîte possède cette fois des cornes percées facilitant ainsi le changement de bracelet. Les cornes sont en acier brossé et les tranches sont quant à elles polies. Cette alternance du traitement des surfaces prouve s'il en était besoin la grande maîtrise du process de fabrication des montres par Seiko. Le rendu est superbe, conforme à l’esprit « tool » de ce modèle.


Seiko a également conservé comme caractéristique à cette réédition une couronne de remontoir à quatre heures. Protégée des chocs par la carrure, sa préhension pour le remontage ou la mise à l’heure est aisée grâce aux stries qu’elle comporte sur sa hauteur.
Etanche à 200 m (soit 50 m de plus que la 6309), lunette tournante unidirectionnelle, nous sommes bien en présence d’une véritable plongeuse définie par la norme ISO 6425, laquelle tiendra son rang sans aucune difficulté face à ses rivales. Le fond de boîte avec la célèbre Vague de Kawanaga est également présent pour attester que la montre est bel et bien une plongeuse.


Quant au cadran, véritable visage de la montre qui lui donne toute sa personnalité, il est conforme à la réf. 6309 avec l’index de douze heures et ses deux marquages séparés par une épée (ou une croix inversée selon l’interprétation de chacun). Les autres index sont en léger relief et chargés de matière luminescente « Lumibrite » qui éclaire fort et longtemps dans l’obscurité. Ce qui est particulièrement appréciable, c’est le fait que les index, apposés sur un cadran noir mat, ne soient par cerclés. C’est devenu une chose rare aujourd’hui pour les montres de plongée qui perdent un peu à mon sens le côté brut de l’outil de plongée.


A trois heures, l’index est remplacé par un guichet jour/ date bien pratique au quotidien avec comme particularité les deux jours de weekend qui deviennent bleus pour le samedi et rouges pour le dimanche, les autres jours de la semaine étant noirs.
Seiko a choisi d’équiper cette SRP777 du moderne et performant calibre 4R36 aux 21600 alternances / heure, donné pour une réserve de marche de 41 heures grâce au ressort moteur en Spron 510, matériau breveté par Seiko. Avec son stop-seconde qui facilite la mise à l’heure, le choix d’une telle mécanique est cohérent au regard du positionnement en termes de prix de la montre. En effet ce calibre, véritable cheval de trait qui motorisera bien et longtemps cette montre, est proposé au prix public de 399 € au Seiko Center à Paris (pour cette version SRP777 montée sur un bracelet Z22 en silicone noir souple et confortable).


Nous sommes là en présence d’un modèle qui tient le haut du pavé dans la catégorie des montres à moins de cinq cents euros. Une belle qualité de réalisation et un look ravageur à l’esthétique intacte d’une 6309 modernisée sont les points forts de celle Seiko. Comme plongeuse, elle fera parfaitement l’affaire et pourra suivre son possesseur à toutes les profondeurs sans crainte. Cette Turtle tient toutes ses promesses...


Alors, après avoir un peu hésité à posséder une montre de plus, je reconnais qu’elle a su conquérir mon poignet sans trop forcer. Pour l’été, elle est parfaite. J’aime comme elle habille mon poignet, je suis bluffé par son confort et séduit par sa lisibilité exceptionnelle. J’ai pu aussi noter à l’occasion qu’elle ne passe pas inaperçue auprès de mes amis et connaissances sensibles à la matière. D’autant que déclinée en plusieurs coloris et une version PADI très désirable, elle a les moyens de séduire un large public en restant toujours abordable et fonctionnelle.
Avec cette New Turtle,  Seiko nous fait démonstration, si besoin était, que pour posséder une belle montre fiable et charismatique il n’est pas nécessaire de dépenser des fortunes.

 
 
Pour Passion Horlogère, texte et photos Emmanuel L.