Au détour d’une allée du Salon Belles Montres 2014, mon acolyte et moi-même tombons sur une scène presque onirique, où d’élégantes silhouettes aux formes longilignes, de leur balancement, semblaient marquer le passage du temps. Non messieurs, il ne s’agissait pas de ces charmantes hôtesses du Salon. En effet, à y voir de plus près, ces silhouettes appartenaient… à des horloges de parquet ! Nous étions arrivés chez Philippe Lebru, venu présenter ses créations au travers de sa marque : UTINAM Besançon.



Philippe est tout à la fois horloger et pendulier, ingénieur et inventeur, artiste, sculpteur, artisan… et rien de tout ça. Il aime plutôt se définir comme un conteur ou explorateur du temps. Il est également français et l’identité jurassienne de sa marque se retrouve jusqu’à sa griffe. En effet, UTINAM, locution latine qui signifie « si seulement », est également la devise officielle de la ville de Besançon.




De ses montres de 42 mm, (GMT, série limitée de 12 pièces), avec cadran en météorite vieille de 4.5 milliards d’années, aux horloges monumentales de plusieurs mètres (comme La Matrice installée dans la nouvelle gare TGV de Besançon, ou celle en façade d'un centre commercial à Tokyo), en passant par les fameuses horloges de parquet de taille humaine dont il est question ici, l’horloger-explorateur joue depuis 1993 avec les dimensions de l’espace et du temps.


C’est en 2005 qu’il repense ce grand classique de l’horlogerie bisontine qu’est l’horloge comtoise. Il conçoit un système qui va révolutionner son installation et son fonctionnement et qui lui vaudra, par la même occasion, le Grand Prix du Concours Lépine ainsi que la Médaille d’Or en horlogerie au Salon de l’invention de Genève en 2005. Son invention (brevet FR2907560) : le mouvement pendulaire à équilibrage automatique.


Le calage des horloges traditionnelles doit être ajusté en fonction de l’inclinaison du sol pour que le point d’équilibre de l’ancre et son positionnement par rapport à la roue d’ancre soient corrects et que le tic-tac soit régulier. Le principe de l’invention de Philippe est le suivant : l’ensemble constitué de l’ancre, de la roue d’ancre et du barillet est suspendu par un axe et lesté par un poids. Les effets de la gravité sur ce dernier, en plus de constituer la réserve d’énergie, assurent également un alignement des centres de l’ancre et de la roue d’ancre avec la verticale et donc un équilibrage optimal de l’échappement. C’est simplissime et le montage de ces horloges devient enfantin !

Après l’inox et le verre acrylique des collections LA-LA, Hortence et Constence, Philippe Lebru travaille un composite de résine et de papier kraft et conçoit la collection POP UP : des « comtoises » au style résolument seventies et au look mélaminé. Les modèles Skeleton de cette collection, ainsi que leurs variantes murales, étaient présents au Salon Belles Montres 2014.


Le créateur introduit une nouvelle esthétique avec ces horloges, sur lesquelles les rouages sont mis en avant, au premier plan sous l’axe de rotation des aiguilles. Elles s’admirent également comme des sculptures et le spectateur est invité à se mettre lui-même en mouvement pour les apprécier sous toutes leurs coutures. C’est seulement alors qu’il réalise la simplicité de la technologie mise en place par l’astucieux horloger, notamment le barillet à roue libre sans cliquet et le système de réglage du balancier, ainsi que l’échappement réglant le « découpage » du temps.




En plus du mouvement pendulaire, une deuxième invention (brevet FR2930353) vient s’intégrer aux horloges POP UP. L’objectif est d’intégrer complètement le poids à l’esthétique globale de l’horloge et, ainsi, lui rendre une place à la hauteur de son rôle dans le fonctionnement du mouvement. Pour ce faire, il est placé sur le côté de l’horloge et non plus caché derrière, grâce à un ingénieux système de barillets qui lui permet d’assurer en continu l’équilibrage automatique de l’échappement.


Aussi simple soit-elle, cette nouvelle invention a également pour avantage d’offrir une réserve de marche accrue : jusqu’à 10 jours au lieu de 6 en moyenne pour les collections évoquées précédemment. Le poids offre même un petit espacement de rangement pour le kit d’huilage.




Sur ces horloges polymorphes, l’écoulement du temps est matérialisé par le mouvement des aiguilles mais pas seulement : à mesure que le poids descend, l’objet se transforme et adopte une forme différente, jusqu’au remontage suivant.


Dans l'avenir, Philippe prévoit également l’intégration d’une aiguille des secondes sur ces horloges… et quelques autres belles surprises qu’il dévoilera le moment venu.



Tous nos remerciements à Philippe Lebru pour le temps qu’il nous a consacré ainsi que pour ses nombreuses explications.


Pour Passion Horlogère,
Crédit texte : Rasika F.
Crédit photos : Thierry D.