Le rendez-vous était pris depuis longtemps et la visite à Neuhausen am Rheinfall fut largement à la hauteur de ce que nous rêvions depuis des mois ! Retour en images sur une journée exceptionnelle de découverte des activités de la Moser Watch Holding avec le meilleur guide qui soit, son CEO Edouard Meylan en personne.

L’aventure avait commencé avec une rencontre déjà magique sur Paris chez Bucherer prolongée au SIHH et à Baselworld où, en marge de la présentation des nouveaux modèles de la marque, nous avons réglé les derniers détails de cette escapade touristique et horlogère vers le célèbre site des Chutes du Rhin dans le Canton de Schaffhausen.


Temps idéal en ces premiers jours de juin. Arrivés la veille et donc bien reposés du voyage depuis Paris, les membres de notre petit groupe parcourent de bon matin les quelques kilomètres qui séparent l’hôtel du siège de la manufacture afin d’être au rendez-vous prévu à 10h précises. Nous sommes en Suisse, ne l’oublions pas !


Dominique, la moitié féminine de l’équipe, nous prend en photo pour l’histoire. Remarquez que je suis encore le seul à cet instant à porter la fameuse casquette rouge «Make Swiss Made Great Again». De gauche à droite : Jaques, Quentin, Michel, Pascal, Jean-Claude, Luc et Frédéric.





C’est parti pour la visite !


Une fois les marches montées et la porte franchie, nous pénétrons dans un hall d’accueil où les trophées gagnés ces dernières années s’affichent fièrement : Grand Prix d’Horlogerie de Genève, Watchfair Luxembourg, Spiral Magazine … témoignant du succès rencontré et de la reconnaissance du milieu horloger.




Nous passons ensuite dans une grande pièce organisée en salon de réception et de présentation, agrémenté de photos murales qui nous introduisent en douceur dans l’univers H. Moser.





La calibre du fameux Quantième Perpétuel y dévoile son mécanisme bissextile et l’initiale de la maison joue les joyaux de la couronne





Les vrais modèles nous attendent sagement alignés dans leurs vitrines




Mais pour l’instant c’est Edouard Meylan en personne qui nous accueille. Nous apprécions à sa juste valeur le fait qu’il ait bloqué et réservé cette journée spécialement pour nous dans son agenda pourtant bien chargé !




Edouard nous expose le programme qu’il a imaginé : ce matin, parcours commenté dans les bureaux et les laboratoires partagés par H. Moser et Cie et sa société sœur Precision Engineering AG. Puis repas dans un restaurant sur le site des Chutes du Rhin suivi de la visite du château-musée de Charlottenfells. Et enfin retour sur la manufacture pour une présentation des modèles.



Edouard nous emmène en premier lieu dans le bureau en charge de la conception des mouvements et composants



Au mur, un bel échantillon illustré des différents calibres de la maison





C’est Antoine qui nous explique, démonstration à l’appui, que la quasi-totalité de la conception détaillée des mouvements et de leurs composants est aujourd’hui réalisée à l’aide de logiciels dédiés assortis de bases de données et de paramètres qui permettent à la fois d’imaginer, de réaliser et de tester les pièces développées directement sur ordinateur.





Inutile de dire combien nous sommes à la fois impressionnés et passionnés par ces explications !



Antoine nous offre en direct une exploration 3D des différents niveaux du calibre QP




L’atelier de conception travaille également sur des modèles innovants de pièces comme par exemple sur cette maquette de balancier avec réglages à plat de l’équilibrage au lieu de masselottes périphériques.



Ou bien sûr ici le tourbillon H. Moser




Nous nous dirigeons ensuite vers les laboratoires de Precision Engineering AG dont les couloirs sont colorés de photos d’ancres, échappements et autres balanciers-spiraux.




C’est cette fois Stéphane qui nous reçoit et nous explique le procédé de fabrication des spiraux PEAG Straumann qui équipent évidemment les calibres H. Moser et Cie mais aussi bon nombre d’autres marques horlogères dans le monde.




L’alliage de base utilisé depuis 2013 est le PE 4000 réalisé en Allemagne par la société VAC selon une formule de composition exclusive de 20 éléments et suivant un cahier des charges très exigeant imposé par Precision Engineering. On mesure les efforts de recherche réalisés depuis le brevet révolutionnaire du Nivarox déposé en 1931 sur la base de 7 éléments par le Professeur Straumann.


Le PE 4000 arrive ici sous l’aspect de bobines de fil rond de 0,6 mm de diamètre. Tout le travail va maintenant consister à l’étirer pour l’affiner avant de le laminer afin de le transformer en un ruban plat qui est ensuite découpé puis enfin seulement enroulé en spiral.




Tout d’abord, la tréfileuse permet par étirement et contrôle permanent des paramètres du fil d’amener celui-ci du diamètre de 0,6mm à 0,04mm sur cet exemple.






Il faut ensuite obligatoirement éliminer toutes les impuretés résiduelles en passant le fil à travers différents bains de nettoyage par solvants et ultrasons.






Le laminage consiste ensuite à écraser avec légèreté le fil ainsi tréfilé et nettoyé entre des rouleaux pour lui donner sa section rectangulaire définitive en méplat.





Une machine dédiée permet ensuite de couper le ruban obtenu en lacets à la longueur voulue pour le spiral que l’on souhaite réaliser






Et nous en arrivons à la partie ludique du procédé car il s’agit maintenant d’enrouler en spiral ces lacets, étape qui s’appelle l’estrapadage. Cette opération est réalisée à la main avec un outil astucieux dans le haut duquel on dispose un barillet.


Puis l’extrémité de chaque brin ou lacet de ruban est insérée délicatement dans de tout petits trous disposés dans le pourtour du barillet. Il suffit alors de tourner le manche de l’outil pour que les brins s’enroulent de façon régulière en spiral les uns dans les autres.


On utilise le plus souvent des barillets à 4 ou 5 brins pour autant donc de spiraux emprisonnés dans le barillet. Ici un barillet à 4 brins




Lorsque c’est Stéphane qui nous fait la démonstration, cela paraît très facile ! Mais lorsque nous nous y mettons à tour de rôle, cela semble tout d’un coup beaucoup moins simple … Dominique, forte de ses talents de couturière, a cependant presque réussi !






Quant à Fred et moi, nul doute que nous y parviendrons un jour si l’occasion se représente, avec un peu d’entraînement et surtout beaucoup de patience.





Sous l’œil amusé et pour ainsi dire goguenard d’Edouard !


Mais il reste encore à fixer les spiraux afin qu’ils gardent leur mémoire de forme. On les dispose à cet effet encore encastrés dans leurs barillets sur le fond d’une caissette.



Puis l’on introduit ce conteneur dans un caisson sous vide porté à haute température pour réaliser le fixage de forme




Les spiraux sont comme imbriqués les uns aux autres dans le barillet et il reste donc encore à les séparer, opération réalisée elle aussi à la main en les secouant simplement dans une boîte jusqu’à ce qu’ils se multiplient comme par miracle. Qui a dit que l’horlogerie était compliquée ?






Precision Engineering AG produit environ 50 000 spiraux chaque année dont seuls 3 000 sont réservés pour équiper les calibres H. Moser et Cie, les autres étant destinés aux marques clientes de PEAG.

Edouard nous emmène ensuite dans les locaux dédiés à la réalisation des petites pièces telles que serges de balanciers, vis, axes, etc ...


Ces pièces sont réalisées à l’aide d’une décolleteuse, une machine qui va permettre l’usinage extrêmement fin et précis des composants à partir de barres de métal.





Les données en 3 dimensions de la serge de balancier sont programmées sur la machine à partir des plans détaillés du composant



Voici des exemples de serges en sortie de décolletage





Le résultat est assez bluffant lorsque l’on voit cette pièce minuscule sculptée dans la masse d’acier dans la main d’Edouard





Mais cet usinage de précision est toujours doublé d’un contrôle qualité humain rigoureux




D’autres machines programmables sont dédiées à la réalisation des pièces plus grandes. Ici par exemple une machine d’électro-érosion à fil qui va permettre des découpes ultrafines sans contact dans les plaques d’acier tout en évitant la production de copeaux.






Une autre impressionnante machine-outil d’usinage permet d’évider et forer la matière selon les cotes voulues pour produire les platines et les différents ponts à partir des formes obtenues.





Les différents outils nécessaires sont positionnés de manière à être activés selon la programmation d’usinage des pièces



Il est ainsi possible de produire les différentes pièces à partir des plaques de métal brutes














Il reste néanmoins indispensable d’opérer à chaque étape un contrôle qualité, certes assisté par ordinateur, mais où l’intervention humaine reste garante de la fiabilité.




Nous passons ensuite en compagnie d’Andreas sur l’atelier d’assemblage et de réglage fin des balanciers-spiraux où les différents composants sont délicatement ajustés ensemble afin de répondre aux cahiers des charges des différents modèles, ceux de H. Moser ou comme ici pour des marques amies.
















Mais s’il est un atelier névralgique ici, c’est bien celui de la finition des spiraux où deux expertes réalisent la courbure et l’équilibrage de ces pièces minuscules et pourtant essentielles qui font d’ailleurs la fierté de la manufacture.




Ce travail nécessite plusieurs années d’expérience très pointue et nous y portons nous-mêmes une attention toute particulière, spécialement pour admirer la réalisation de la fameuse courbe terminale du spiral.




Il reste encore bien sûr à réaliser l’assemblage final des mouvements, ce que nous observons en détail avec Raphaël et son équipe. Ici l’illustration des composants destinés à la réalisation du module d’échappement interchangeable.




L’assemblage des différents composants sur les platines est réalisé évidemment à la main pour chaque modèle sur un atelier équipé d’une table de montage tournante très pratique.





Et voici par exemple le montage d’une roue et d’un pont sur la platine








Une fois l’assemblage effectué, il reste encore à faire passer au mouvement l’épreuve de bon fonctionnement sous plusieurs positions sur les bancs de test.








Raphaël nous commente ensuite en détail les particularités du Quantième Perpétuel et ses subtilités avec son disque-dateur double ainsi que le changement de date instantané en fin de mois selon la durée de celui-ci et en fonction des années.







J’aurai même la chance en tant qu’heureux possesseur de ce modèle de repartir avec une copie des plans affichés au mur !


N’oublions pas cependant que malgré toute l’attention portée à la fabrication des modèles, il peut arriver qu’il faille les faire passer en SAV, ne serait-ce que pour leur révision périodique. Il existe à cet effet 7 centres après-vente H. Moser & Cie répartis dans le monde habilités à entretenir ou réparer les modèles de la collection. Seul le QP nécessite aujourd’hui de repasser obligatoirement par Neuhausen.

Mais lors de notre visite, le SAV n’a été activé que pour réaliser un montage de cadran sur la montre de notre ami Michel, visiblement d’ailleurs très satisfait du service !







L’horloge murale nous indique qu’il est temps maintenant d’aller nous restaurer après cette exceptionnelle visite commentée



En route pour le repas en compagnie d’Edouard qui nous convie à un savoureux spectacle touristique et culinaire !



Il nous invite en effet à rejoindre le restaurant Schlössli Wörth situé juste au bord du Rhin et en face des illustres chutes.









Le restaurant surplombe littéralement le Rhin et dispose d’une salle panoramique pour ne rien perdre du spectacle





Le site est magnifique avec le château qui le domine, surtout avec ce temps !





Et la vue de notre table est imprenable





Truite et sandre au menu, tartare épicé pour Edouard






Juste après cet excellent repas, nous rejoignons le Schloss Charlottenfels, la superbe villa qu’Heinrich Moser (1805-1874) fit construire comme résidence familiale au milieu du XIXème siècle à son retour de Russie. Suite à différents changements de propriétaires, c’est finalement son fils Henri Moser (1844-1923) qui racheta le domaine en 1906 pour en faire ensuite don au Canton de Schaffhausen sous conditions d’entretien et de préservation.


Une partie du 1er étage de la villa a depuis été aménagée en musée de la famille Moser. C’est Madame Mandy Ranneberg, historienne et conservatrice du site, qui nous y reçoit et nous guide à travers la demeure et les collections en nous les commentant de sa verve érudite et passionnée.

Le hall d’entrée et les salons de réception du rez-de-chaussée ont gardé leur caractère


Madame Ranneberg nous fait d’ailleurs très justement remarquer les correspondances de décors entre parquets, plafonds et cloisons, un must de la décoration d’intérieur.







Haut-de-forme, canne et gants du fondateur, nous accueillent à l’étage



Ainsi que les souvenirs illustrés d’Heinrich Moser présentés par notre guide







Nombre de montres anciennes de l’époque sont présentées dans les armoires et les vitrines





Le passeport d’Heinrich Moser lorsqu’il voyageait entre la Suisse et la Russie a également été conservé



Ici d’ailleurs une montre de poche Moser de cette époque russe lorsqu’il y fit fortune



Son bureau et secrétaire





Son atelier avec la boule de verre qui pouvait servir de loupe et concentrer la lumière d’une bougie


Ici une photo de la centrale hydromécanique qu’Heinrich Moser développa sur les rives du Rhin après son retour de Russie et qui alimentait plusieurs sites de production de Schaffhausen. Avec le recul, on note la similarité des principes d’engrenages et pignons entre l’horlogerie et les plans de cette centrale. Les liens sont décidément étroits entre les deux disciplines.




Une autre pièce est dédiée à son fils Henri, explorateur et historien reconnu de l’Asie et des Arts Islamiques dans la deuxième moitié du XIXème siècle et qui a laissé des écrits et des collections remarquables dans ce domaine.










Ici une anecdote particulièrement savoureuse où le fils raconte s’être vu offrir une montre de poche par un Khan parce que la sienne était tombée en panne … et découvre ensuite que ce cadeau était en fait une montre produite en Russie par la manufacture de son père !


Avant de quitter ces salles, nous prenons le temps d’une photo entre les 3 détenteurs de montres Moser (contemporaines celles-ci) du groupe et celle de notre guide Mandy.


Nous terminons la visite par la rotonde décorée de peintures de quelques moments-clés de l’Histoire de Suisse avec quelques rires et glissades sur les chaussons destinés à protéger le très beau parquet.





Dernière vue du site avant de retourner à la manufacture




Retour donc dans la grande salle de réception pour quelques rafraîchissements et surtout un beau survol des collections actuelles, sous l’œil de notre ami Jak passé pour une fois de l’autre côté de l’objectif.



C’est cette fois-ci Tobias qui nous présente les modèles avec nombre d’anecdotes et répond à nos questions en compagnie d’Edouard














Pour plus de détails et photographies sur les différents modèles, nous vous renvoyons à nos précédents articles réalisés lors de l’événement organisé ensemble chez Bucherer Paris, mais aussi à l’occasion du SIHH 2017 comme lors de Baselworld 2017.

Impossible de se quitter sans une belle photo-souvenir de l’équipe en compagnie d’Edouard et Tobias




N’oublions pas les deux personnes qui ont fortement contribué à organiser cette visite et qui ne pouvaient malheureusement y participer ce jour-là, Mme Germaine Ghisletti et bien sûr notre ami Nicholas Hofmann. Merci à eux ! Enfin, pour plus d’informations et de détails techniques sur les collections, vous pouvez bien sûr vous reporter au site H. Moser & Cie.






Pour Passion Horlogère : Rédaction Luc J. / Photographies Jaques R. Frédéric D. et Domie