
Depuis sa fondation en 2002, De Bethune n’a jamais envisagé la chronométrie comme un simple objectif chiffré, mais comme une quête permanente. Une quête exigeante, presque obsessionnelle, menée sous l’impulsion de Denis Flageollet, cofondateur et maître-horloger, pour qui la précision ne saurait être dissociée de la stabilité, de la régularité et de la fiabilité en conditions réelles de port.
Dans un paysage horloger souvent partagé entre tradition figée et innovations parfois déconnectées de l’usage, De Bethune a choisi une voie singulière : repenser les fondements mêmes de l’organe réglant, sans jamais renier l’héritage mécanique. Vingt ans plus tard, cette approche méthodique et visionnaire trouve une nouvelle expression avec le Sensorial Chronometry Project et l’ouverture d’un atelier dédié à la fabrication interne des spiraux, deux jalons majeurs dans l’histoire contemporaine de la chronométrie mécanique.
Aux origines de la précision moderne selon De Bethune
Dès ses premiers calibres manufacturés, notamment celui qui anima la DB15 Quantième Perpétuel en 2004, De Bethune a placé le couple balancier-spiral au cœur de sa recherche. Concevoir un oscillateur du XXIe siècle supposait de dépasser les solutions héritées sans les renier, en tenant compte d’une réalité souvent négligée : celle des mouvements incessants, parfois brusques et désordonnés, du poignet humain.

La première avancée majeure fut le développement d’un spiral à courbe terminale plate. Sa géométrie, pensée pour favoriser un développement concentrique, améliore l’isochronisme du balancier quelles que soient les positions de la montre. Plus résistant aux chocs et moins sujet aux déformations qu’un spiral classique, il contribue à maintenir la fréquence de l’oscillateur dans des conditions d’usage réelles, bien loin des environnements idéalisés des tests statiques.
Parallèlement, De Bethune a entrepris de concevoir ses propres balanciers, véritables signatures techniques de la maison. En concentrant la masse en périphérie grâce à des masselottes en or gris associées à un noyau central allégé en titane, la manufacture augmente le moment d’inertie tout en limitant la masse totale. Cette architecture optimise la stabilité de l’amplitude, réduit la sensibilité aux perturbations extérieures et permet un fonctionnement fiable à haute fréquence, jusqu’à 36 000 alternances par heure, même en cas de chocs répétés.

Comme le résume Denis Flageollet, une inertie élevée associée à une masse globale réduite constitue l’un des fondements d’une chronométrie durable, condition indispensable à l’obtention d’un facteur de qualité élevé pour l’organe réglant.
Protéger l’oscillateur pour préserver la précision
La quête de précision ne pouvait s’arrêter à la seule conception de l’oscillateur. Consciente de la vulnérabilité mécanique du balancier face aux chocs, De Bethune fut la première manufacture contemporaine à développer un système triple pare-chute. Cette architecture repose sur un pont en titane équipé de deux amortisseurs latéraux et d’un amortisseur central, assurant le maintien axial et radial du balancier.

Ce dispositif limite les déplacements indésirables de l’organe réglant, stabilise l’amplitude et préserve la précision chronométrique dans les situations les plus contraignantes. Une innovation discrète mais essentielle, fidèle à la philosophie de la maison : agir là où la précision se joue réellement, souvent à l’abri des regards.
Dans le même esprit, De Bethune a profondément repensé l’échappement à ancre suisse. Dès 2009, la roue d’échappement en silicium s’impose comme une évidence technique. Plus légère, parfaitement élastique et quasiment insensible à l’usure, elle réduit significativement les frottements et améliore le rendement énergétique. Associée à une géométrie de palettes optimisée, elle limite les inerties et atténue la violence des chocs, tout en favorisant un glissement plus fluide des surfaces en contact.
Le Sensorial Chronometry Project, une révolution silencieuse
En 2022, De Bethune franchit une nouvelle frontière avec le Sensorial Chronometry Project. Destiné aux propriétaires de la DB28GS Grand Bleu, ce programme inédit propose un réglage chronométrique véritablement personnalisé, fondé non plus sur des normes moyennes mais sur le mode de vie réel du porteur.

Pendant deux semaines, le client porte une montre-test équipée de capteurs enregistrant une multitude de données : mouvements, positions, chocs, température, hygrométrie, pression atmosphérique. Ces informations sont ensuite analysées par l’Atelier de Chronométrie de L’Auberson, où un bras robotisé, installé dans une chambre atmosphérique, reproduit fidèlement l’environnement et les gestes du propriétaire.
Chaque montre réglée dans ce cadre est accompagnée d’un bulletin personnalisé, témoignage d’une approche radicalement différente des certifications traditionnelles. Là où l’industrie horlogère s’appuie sur des tests statiques standardisés, De Bethune choisit d’adapter la précision à l’individu, à ses contraintes quotidiennes et à son usage réel.
La fabrication interne des spiraux, ultime degré de maîtrise
Cette année marque une étape décisive supplémentaire avec l’internalisation complète de la fabrication des spiraux. Du tréfilage au laminage, de l’estrapadage aux traitements thermiques, jusqu’au virolage et à l’assemblage final avec le balancier manufacturé, chaque opération est désormais maîtrisée en interne.

Au-delà de l’indépendance, l’enjeu est fondamentalement technique. Les spiraux produits selon des standards industriels reposent sur des moyennes qui limitent les possibilités d’ajustement fin. En contrôlant chaque paramètre à l’échelle du micron, De Bethune peut désormais adapter l’épaisseur, la hauteur, le rayon de virole ou le départ d’estrapadage à un balancier précis et à l’architecture spécifique de chaque calibre.
Pour Denis Flageollet, cette maîtrise ouvre un champ nouveau : celui d’un spiral dimensionné en parfaite adéquation avec l’ensemble de l’organe réglant, condition indispensable pour repousser encore les limites de la précision chronométrique.
Recherche, héritage et perspectives
L’histoire récente de De Bethune est aussi marquée par des explorations audacieuses, comme le projet Résonique lancé en 2012, qui visait à exploiter les propriétés ressort du silicium pour atteindre de hautes fréquences. Si ces pistes ont révélé leurs limites, notamment en matière d’isochronisme et de sensibilité thermique, elles ont enrichi la réflexion de la manufacture.

Forte de plus de vingt ans de recherche, de huit brevets et de trente-et-un calibres développés, De Bethune affirme aujourd’hui une conviction claire : l’avenir de la chronométrie mécanique passe par une compréhension toujours plus fine du couple balancier-spiral, hérité de Huygens il y a près de 450 ans.
Animée par une passion intacte, la manufacture genevoise continue de se réinventer sans relâche, convaincue que la maîtrise technique est la condition première de la liberté créative. Chez De Bethune, la précision n’est pas une fin en soi, mais une discipline vivante, en perpétuelle évolution, au service d’une horlogerie sincère et résolument tournée vers l’avenir.



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