
Chez Parmigiani Fleurier, certaines dates ne se célèbrent pas par des discours ou des effets d’annonce, mais par des gestes horlogers. Chaque 2 décembre, la Maison marque l’anniversaire de son fondateur par une création singulière, pensée comme une offrande au temps. En 2025, à l’occasion des 75 ans de Michel Parmigiani, cette tradition prend la forme de La Ravenale, une montre de poche Lépine unique, inscrite dans la collection Objets d’Art de la Manufacture.
Plus qu’un garde-temps, La Ravenale est une déclaration. Une œuvre qui mêle restauration patrimoniale, métiers d’art et exigence mécanique, dans une cohérence esthétique rare. Elle incarne la vision de Michel Parmigiani, pour qui le temps n’est jamais abstrait, mais façonné par l’harmonie, la proportion et la patience.
Une création inspirée par l’architecture de la nature

Le nom La Ravenale trouve son origine dans le ravenala madagascariensis, plus connu sous le nom de palmier du voyageur. Cet arbre emblématique de Madagascar se distingue par la symétrie parfaite de ses palmes disposées en éventail, suivant les lois du nombre d’or. Son tronc, capable de recueillir l’eau, accompagne depuis des siècles les voyageurs à travers des paysages arides.
Cette géométrie naturelle, porteuse de sens et d’équilibre, irrigue l’ensemble de la création. Elle inspire la gravure du boîtier, du cadran et des ponts, ainsi que la marqueterie de pierres qui orne le fond. La Ravenale s’inscrit ainsi dans un dialogue subtil entre ciel et terre, mouvement et immobilité, matière vivante et structure immuable.
Le format Lépine, par son architecture généreuse, offre un espace d’expression idéal. Il permet aux métiers d’art de se déployer pleinement, sans contrainte, et à la mécanique de respirer, tant sur le plan visuel qu’acoustique.
La voix retrouvée d’une répétition minute centenaire

La Ravenale n’est pas seulement une œuvre à contempler. Elle est aussi une pièce qui se fait entendre. En son cœur bat un calibre à répétition minute datant des années 1920, signé Ed. Koehn à Genève. Une mécanique extra-plate, dotée d’heures et minutes centrales, d’une petite seconde à 6 heures et d’une sonnerie à deux gongs.

Sur demande, la montre sonne les heures sur une tonalité grave, les minutes sur une note aiguë, et les quarts par une alternance des deux. Cette architecture sonore, patiemment réaccordée par l’Atelier de Restauration de Parmigiani Fleurier, restitue la clarté et l’équilibre de la voix d’origine. La construction interne du boîtier, volontairement ouverte, favorise la propagation des vibrations et confère à la répétition minute une présence sonore d’une grande pureté.
Rien, sur le cadran, ne trahit la complexité de la complication. La glissière s’intègre naturellement à l’architecture du boîtier, fidèle à la philosophie de retenue chère à la Maison.
Restaurer pour transmettre

Au cœur de La Ravenale se trouve un mouvement issu de la réserve personnelle de calibres anciens réunie par Michel Parmigiani au fil des décennies. Chacun de ces mouvements avait été conservé dans l’attente du moment juste, celui où il pourrait reprendre vie sans compromis.
La restauration de ce calibre Ed. Koehn a exigé une approche radicalement respectueuse. Aucune pièce n’a été remplacée. Les rubis, enchâssés par friction, sont restés en place durant la gravure. Les anglages, les découvertes et les finitions ont été réalisés avec des outils traditionnels en bois. Les marques de calibration historiques ont été restituées à la main, renouant un dialogue interrompu depuis près d’un siècle entre l’artisan d’origine et le restaurateur contemporain.

Les ponts, gravés de motifs inspirés du palmier du voyageur, transforment la structure mécanique en un langage ornemental, sans jamais sacrifier la lisibilité ni la fonction. Chaque composant, du barillet suspendu à arrêt de croix de Malte au balancier bimétallique coupé, témoigne de l’excellence genevoise des années 1920.
Le dialogue des matières, entre opale et jade

Le boîtier en or blanc 18 carats révèle, côté fond, une marqueterie exceptionnelle associant deux pierres rarement réunies en horlogerie : l’opale et le jade. Cette composition minérale transforme le revers de la montre en un véritable tableau, silencieux et lumineux.

L’opale, délicate et changeante, capte la lumière et la retient dans ses irisations. Sa fragilité impose une précision extrême : chaque fragment est découpé, façonné et poli individuellement avant d’être intégré à la base en or blanc. Le jade, plus dense et apaisé, diffuse la lumière au lieu de la réfléchir. Il ancre visuellement la composition et apporte une stabilité presque méditative.
Ensemble, l’opale laiteuse de Turquie, l’opale bleue d’Australie et le jade du Guatemala instaurent un dialogue équilibré entre l’éphémère et l’éternel, entre vibration et calme.
Les mains d’or à l’œuvre

La Ravenale est le fruit du travail collectif de Maîtres Artisans, ces Mains d’Or qui donnent corps aux idéaux de Parmigiani Fleurier. Gravure, marqueterie de pierres, sculpture de l’or et restauration mécanique se répondent dans une cohérence rare, nécessitant près d’une centaine d’heures de travail.
La gravure a été confiée à l’Atelier Blandenier, l’un des rares ateliers suisses exclusivement dédiés à la gravure main pour la haute horlogerie. À l’échelle du microscope, chaque trait devient relief, chaque motif une micro-architecture, traduisant les lignes naturelles du palmier en un vocabulaire géométrique maîtrisé.

La chaîne, réalisée par Laurent Jolliet, dernier maître chaîniste de Suisse, prolonge cette quête de proportion. Forgée entièrement à la main en or blanc 18 carats, elle associe maillons hexagonaux et ovales, en écho à l’anse de la montre et au monogramme PF. Plus qu’un accessoire, elle incarne une tradition horlogère presque disparue, où la chaîne protège, signifie et relie.
Un hommage au temps et à l’homme

La Ravenale n’est pas une montre de poche comme les autres. Elle est la synthèse d’un parcours, d’une vision et d’une fidélité aux valeurs fondatrices de la Maison. En célébrant les 75 ans de Michel Parmigiani, Parmigiani Fleurier ne signe pas un manifeste nostalgique, mais affirme une conviction profonde : le futur de la haute horlogerie passe par la transmission, la restauration et le respect du temps long.
Une pièce unique, hors du flux industriel, où chaque gravure, chaque pierre et chaque sonorité racontent une histoire. Celle d’un homme pour qui l’horlogerie demeure, avant tout, un art de la mesure juste.



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