
Certaines montres ne se contentent pas de mesurer le temps. Elles le questionnent, le suspendent, parfois même le détournent. Avec la Hampton Édition Polyptyque Musée Soulages 10ème Anniversaire, Baume & Mercier signe bien davantage qu’un garde-temps en édition limitée. La Maison genevoise propose une interprétation horlogère sensible et profonde de l’univers de Pierre Soulages, artiste majeur du XXe siècle, disparu en octobre 2022, dont l’œuvre continue d’irriguer la réflexion contemporaine autour du noir, de la lumière et du regard.
Cette création unique s’inscrit dans une histoire humaine et artistique commencée bien avant sa matérialisation. Une histoire de rencontres, de silences partagés, de gestes esquissés et d’idées laissées en suspens, à l’image même de l’œuvre de Soulages.
Une montre née d’une rencontre

Le lien entre Baume & Mercier, Pierre Soulages et le musée Soulages de Rodez ne relève pas d’un simple partenariat culturel. Il est le fruit de relations humaines tissées dans le temps. En juin 2021, l’équipe de la Maison est reçue par Pierre et Colette Soulages dans leur maison de Sète, face à la Méditerranée. Le peintre, alors âgé de plus de cent ans, impressionne par sa vivacité d’esprit, sa curiosité intacte et sa disponibilité.
Ce premier échange est avant tout visuel. Long, silencieux, presque méditatif. Puis viennent les discussions sur le noir, la matière, la lumière, et sur cette idée presque paradoxale de transposer une œuvre monumentale dans l’espace réduit d’un cadran de montre. Très vite, Pierre Soulages se montre force de proposition. Il suggère, interroge, pousse l’équipe dans ses retranchements techniques et esthétiques. Il imagine un affichage de l’heure le plus discret possible, presque invisible. Il évoque des formes sphériques en lévitation au bout des aiguilles, et propose d’y déposer deux délicates gouttes d’or pour dialoguer avec le noir.
Le processus créatif est lancé.
L’Outrenoir comme matière première

La Hampton Édition Polyptyque Musée Soulages 10ème Anniversaire s’inspire directement d’une œuvre majeure de la série Outrenoir : Peinture 324 x 362 cm, 1986, Polyptyque I, conservée au musée Soulages. Ce polyptyque est le premier Outrenoir à avoir intégré la donation fondatrice de Pierre et Colette Soulages. Il est contemporain des recherches menées par l’artiste pour les vitraux de l’abbatiale de Conques, réalisés en verre blanc translucide, non transparent, afin de laisser entrer une lumière vivante, jamais figée.
Depuis la fin des années 1970, Soulages ne peint plus le noir comme une couleur, mais comme une matière qui capte et reflète la lumière. Brillant ou mat, lisse ou strié, le noir devient surface active. Il oblige le spectateur à se déplacer, à modifier son point de vue, à faire l’expérience du temps par le regard.
C’est précisément cette dynamique que Baume & Mercier a cherché à restituer.
La collection Hampton comme toile horlogère
Avec son boîtier rectangulaire aux lignes épurées, la collection Hampton s’est imposée naturellement comme le support idéal de cette transposition artistique. Héritière d’un modèle des années 1960 et imprégnée d’une esthétique art déco, elle offre une surface comparable à une toile, propice à l’interprétation graphique et plastique.

Le cadran devient alors un véritable champ d’exploration. Noir profond, structuré par des passages verticaux, obliques ou horizontaux, il évoque les superpositions et ruptures caractéristiques des polyptyques Outrenoir. Les variations de texture et de finition créent un jeu subtil entre ombre et lumière, jamais figé, toujours changeant selon l’angle d’observation.
Les aiguilles, volontairement noires, se terminent par des demi-sphères en or rose 750. Un choix directement inspiré par l’artiste, qui voyait dans ces touches dorées un moyen de faire surgir la lumière du noir, sans jamais la dominer.
Une prouesse technique au service de l’émotion
Miniaturiser une œuvre de plus de trois mètres sur une boîte de 48,11 sur 31 mm relève du défi. Pour y parvenir, Baume & Mercier a mobilisé des technologies de pointe. Impression 3D, galvanoplastie, laiton usiné au laser, pierres du Levant, laques semi-mates et traitements électrolytiques se combinent pour donner naissance à un cadran d’une profondeur rare.

Le boîtier en acier DLC a été microbillé puis traité par dépôt chimique en phase vapeur assisté par plasma, afin d’atteindre une dureté élevée et une finition parfaitement mate. La glace saphir bombée, traitée antireflet sur ses deux faces, protège le cadran tout en laissant la lumière jouer librement avec la matière.
À l’intérieur, le mouvement automatique suisse ETA 2892 assure les fonctions heures et minutes, dans un esprit de sobriété cohérent avec la démarche artistique. Visible par le fond saphir, la masse oscillante noire décorée de Côtes de Genève rappelle que la mécanique, elle aussi, participe à la mise en scène du temps.
Un écrin qui prolonge le discours
L’expérience ne s’arrête pas à la montre. Le coffret qui l’accompagne est conçu en acier Corten, comme le bardage du musée Soulages de Rodez, œuvre des architectes RCR Arquitectes, lauréats du prix Pritzker. La patine du matériau, évoluant avec le temps, fait écho aux recherches de Soulages sur la matière et la durée. Elle évoque aussi ses premières œuvres au brou de noix, réalisées dès 1946, où le temps semblait déjà piégé dans la substance même du médium.
Une montre comme acte de transmission

Cette Hampton Édition Polyptyque Musée Soulages 10ème Anniversaire n’est pas une montre comme les autres. Elle est un objet de mémoire, de transmission et de gratitude. Elle célèbre le dixième anniversaire du musée Soulages, mais aussi l’héritage d’un artiste qui n’a cessé de questionner notre rapport au temps, à la lumière et à la perception.
Plus qu’un hommage figé, elle prolonge un dialogue entamé de son vivant. Un dialogue entre art et horlogerie, entre immobilité de l’œuvre et mouvement des aiguilles, entre contemplation et usage.
Verdict Passion Horlogère
Rarement une montre aura incarné avec autant de justesse la rencontre entre une vision artistique et un savoir-faire horloger. La Hampton Édition Polyptyque Musée Soulages 10ème Anniversaire ne cherche pas à séduire par l’esbroufe ou la démonstration technique. Elle invite à ralentir, à regarder, à ressentir.
À l’image de l’œuvre de Pierre Soulages, elle ne se donne jamais totalement d’un seul regard. Et c’est sans doute là sa plus grande réussite.



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