
Il est des montres qui dépassent leur statut de garde-temps pour devenir des manifestes personnels. La nouvelle Czapek Quai des Bergues “Sursum Corda”, dévoilée en 2025, appartient à cette catégorie rare. À l’occasion du double anniversaire de la Maison – 180 ans depuis la fondation originelle à Genève en 1845, et dix ans depuis sa renaissance contemporaine – cette création en or rose célèbre autant l’héritage horloger de Czapek que la force intérieure qui continue de guider la marque depuis sa résurgence en 2015.

Pour comprendre cette pièce, il faut d’abord revenir à la collection Quai des Bergues elle-même. Présentée en 2015, elle est née d’un retour profond aux sources : les refondateurs plongent alors dans les archives du XIXᵉ siècle, étudient les montres de poche historiques dont la référence 3430, et réinterprètent leur esprit dans une montre-bracelet moderne. Chiffres romains allongés, émail grand feu, double sous-cadran décentré : la silhouette de la première Quai des Bergues devient la signature esthétique d’une maison qui revendique l’équilibre subtil entre fidélité historique et création contemporaine. En 2016, la 33bis reçoit d’ailleurs le Prix du Public au GPHG, consacrant la justesse de cette approche.

La “Sursum Corda” s’inscrit dans cette lignée tout en y ajoutant une dimension plus intime. Son cadran blanc immaculé en émail grand feu cache un message secret, accessible seulement lorsque la lumière frappe sous un certain angle. Le choix de ces deux mots latins, Sursum Corda – “Hauts les cœurs” – ne doit rien au hasard. C’est une expression chère au CEO Xavier de Roquemaurel, utilisée dans les moments les plus incertains de l’aventure entrepreneuriale. Elle est devenue pour l’équipe un symbole de persévérance, un rappel discret de ce qui permet à une maison indépendante de poursuivre son chemin malgré les obstacles. Fait notable, l’idée de l’inscrire sur le cadran ne vient pas de lui mais d’un membre de l’équipe, soulignant encore davantage la dimension collective et humaine de cette montre.
Au-delà de cette phrase cachée, deux signatures supplémentaires enrichissent la pièce. Un logo laser-gravé “10 / 180” rappelle le double anniversaire célébré cette année. Et dans le sous-cadran de la petite seconde se trouve une signature historique Czapek, reproduction exacte de celle conservée dans les archives genevoises. Chez Czapek, les détails ne sont jamais gratuits : ils appartiennent à un jeu subtil entre visible et invisible, pensé pour être découvert progressivement par son propriétaire, comme un secret partagé.

La “Sursum Corda” est animée par un mouvement manuel issu de la même lignée que celui qui équipait les premières Quai des Bergues modernes. Sa construction à double barillet offre sept jours complets de réserve de marche, soit 168 heures. Cette autonomie hebdomadaire rend hommage aux montres de poche du XIXᵉ siècle, souvent remontées le dimanche après l’office. Le calibre reprend également l’architecture historique, avec ses deux barillets jumeaux, sa disposition symétrique et ses rochets ajourés. Les finitions répondent aux codes les plus exigeants de la Haute Horlogerie : surfaces sablées, ponts anglés à la main, cerclage parfaitement maîtrisé. Autant d’éléments qui témoignent d’un savoir-faire où le geste humain tient une place essentielle.

Czapek introduit aussi une nouvelle étape pour la collection : un boîtier de 40,5 mm, destiné à devenir la seule taille future de la ligne Quai des Bergues. Une décision qui traduit la volonté de trouver un équilibre idéal entre présence moderne et proportions classiques. Ni trop imposante, ni trop discrète, cette dimension donne à la “Sursum Corda” une élégance naturelle, fidèle à l’esprit de la collection.
En dévoilant cette pièce, Czapek ne cherche pas seulement à célébrer un anniversaire. La marque affirme une vision. Celle d’une horlogerie nourrie par la mémoire, la culture artisanale et la force des convictions. Celle d’une maison qui se reconstruite avec patience, transparence, et une proximité rare avec sa communauté de “Rare People”, comme aime l’appeler Xavier de Roquemaurel.

La Quai des Bergues “Sursum Corda” n’est pas une commémoration figée. C’est une montre vivante, habitée, conçue pour accompagner les jours difficiles autant que les jours lumineux. Une pièce où le moindre détail raconte une histoire, et où l’émail ne recouvre pas seulement un cadran : il protège une phrase, une intention, un état d’esprit. Sursum Corda. Hauts les cœurs. Une invitation à continuer d’avancer, encore et toujours.



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