
Il est des montres qui ne cherchent ni la démonstration de force ni l’exubérance mécanique. Des garde-temps qui, au contraire, invitent au silence, à la lenteur et à la contemplation. Avec La Placide – Hommage « Sukoon Al-Layl », dévoilée lors de la Dubai Watch Week, Roger Dubuis signe une pièce rare et profondément émotive, pensée comme un hommage intime à son fondateur, mais aussi comme une ode à la sérénité.
À contre-courant de l’image souvent flamboyante associée à la Maison genevoise, cette création unique révèle une autre facette de Roger Dubuis, plus intérieure, plus retenue, où l’horlogerie devient un langage de transmission et de poésie.
La Placide, un nom chargé d’humanité

Avant de devenir l’un des noms les plus singuliers de la Haute Horlogerie contemporaine, Roger Dubuis était surnommé « Placide » dans son enfance. Ce qualificatif, loin d’être anecdotique, traduisait un tempérament calme, bienveillant et profondément humain. En 1996, il lançait la collection Hommage afin de célébrer les horlogers, professeurs et amis qui avaient nourri sa vision du métier. Près de trente ans plus tard, c’est désormais le fondateur lui-même que la Maison choisit d’honorer.
Après un premier garde-temps unanimement salué pour sa sincérité, la série La Placide s’enrichit aujourd’hui de l’Hommage « Sukoon Al-Layl ». Son nom puise dans la langue arabe une résonance particulière, Sukoon signifiant la sérénité, et Al-Layl la nuit. Une évocation directe de la quiétude des nuits désertiques, lorsque le temps semble suspendu et que le ciel se transforme en théâtre astronomique.
Une esthétique façonnée par le désert et la lune

La montre impose d’emblée une présence douce et magnétique. Son boîtier de 38 mm, entièrement réalisé en platine, de la lunette à la boucle déployante triple, capte la lumière avec une subtilité rare. Ce métal précieux, choisi pour son éclat argenté, évoque la lumière lunaire qui se reflète sur les dunes sous le ciel nocturne.
Le cadran multicouche constitue le cœur narratif de cette création. Roger Dubuis y déploie une richesse décorative remarquable, tout en conservant une grande lisibilité. Le rehaut en nacre rappelle que Roger Dubuis fut l’un des premiers à utiliser ce matériau dans des montres pour homme, apportant ici une luminosité raffinée et presque organique. Les segments du calendrier et les compteurs, également réalisés en nacre, présentent des flancs anglés à la main, renforçant l’impression de relief.
La platine principale est ornée d’ondes guillochées, signature historique de la Maison, qui évoquent ici les vagues de sable sculptées par le vent du désert. Sa teinte bleu astral, subtilement laquée, dialogue avec le ciel juste avant l’aube et crée des jeux de lumière continus au poignet. Les aiguilles des heures et des minutes en or blanc 18 carats apportent une élégance discrète, tandis que quatre chiffres arabes rendent hommage à la culture du Moyen-Orient.
La phase de lune vient parachever cette composition avec une poésie assumée. Posée sur une base en aventurine bleue, elle met en scène deux lunes légèrement bombées en or jaune 18 carats. Ces éléments sont les seuls façonnés dans ce métal, en référence directe aux premiers calendriers perpétuels de la Maison, et renforcent le lien entre héritage et émotion.
Le calendrier perpétuel, une complication de cœur

Roger Dubuis nourrissait une affection toute particulière pour le calendrier perpétuel, qu’il considérait comme l’une des expressions les plus nobles de l’horlogerie astronomique. L’Hommage « Sukoon Al-Layl » en propose une interprétation raffinée, associée à un affichage birétrograde regroupant le jour, la date, le mois, les années bissextiles et les phases de lune.
Cette lecture du temps, à la fois complète et intuitive, s’inscrit parfaitement dans l’esprit du garde-temps. La complexité mécanique est bien présente, mais jamais ostentatoire, au service d’une sensation d’équilibre et de sérénité.
RD1472, la mémoire mécanique de la Maison

Au cœur de la montre bat le calibre RD1472, véritable synthèse de l’histoire mécanique de Roger Dubuis. Il résulte de la fusion du RD14, premier calibre automatique développé en interne par la Maison en 2004, et du module RD72, lancé en 1999 et devenu emblématique pour son calendrier perpétuel à affichage birétrograde.
Le RD14 se distingue notamment par son col de cygne et ses ponts en forme de pistolet, directement inspirés des montres de poche chères à Roger Dubuis et à la tradition horlogère qu’il admirait tant. Le RD72, quant à lui, a fait l’objet d’un important travail de réusinage, avec une nouvelle platine principale, un grand pont redessiné et près de la moitié des composants retravaillés en interne, notamment les leviers, ressorts, roues et pignons.
Assemblé, réglé et testé pour répondre aux exigences du Poinçon de Genève, le mouvement compte 307 composants et se dévoile à travers le fond du boîtier. Il est sublimé par quinze techniques de décoration et doté d’un nouveau rotor en or rose 18 carats, témoignage du soin extrême apporté à chaque détail.
Une vision apaisée de l’horlogerie expressive

Avec La Placide « Sukoon Al-Layl », Roger Dubuis propose une interprétation plus introspective de son horlogerie expressive. Loin des démonstrations spectaculaires, cette pièce unique s’adresse aux amateurs sensibles à l’émotion, à l’histoire et à la profondeur du geste horloger.
Elle incarne une vision du temps apaisée, presque méditative, où la technique se met au service du sens. Un garde-temps qui ne cherche pas à s’imposer, mais à accompagner, dans le silence d’une nuit étoilée, celles et ceux qui savent écouter battre le cœur de l’horlogerie.



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