
Il existe des collaborations qui relèvent du simple exercice de style, et d’autres qui s’imposent comme une évidence créative. La rencontre entre Hublot et Yohji Yamamoto appartient sans conteste à cette seconde catégorie. Avec la Classic Fusion Yohji Yamamoto All Black Camo, les deux maisons poursuivent un dialogue entamé en 2020 autour d’un thème aussi radical qu’intemporel : le noir, non pas comme couleur, mais comme matière, comme concept, comme manifeste.

Chez Hublot comme chez Yohji Yamamoto, le noir n’est jamais un renoncement. Il est une prise de position. Une manière d’aller à l’essentiel, de dépouiller la forme pour mieux révéler la structure, la texture, le volume. Cette nouvelle Classic Fusion, quatrième collaboration entre la manufacture de Nyon et le créateur japonais, pousse encore plus loin cette quête de l’essence. Produite en édition limitée à 300 exemplaires, elle s’inscrit dans la continuité de la philosophie All Black initiée par Hublot en 2006, tout en l’enrichissant du regard singulier de Yohji Yamamoto.
Le boîtier de 42 mm en céramique noire microbillée capte immédiatement l’attention par sa présence silencieuse. Ici, la lumière n’est pas reflétée, elle est absorbée, sculptée, fragmentée. Les surfaces mates dialoguent avec les volumes, créant un jeu d’ombres subtil qui évolue au fil des mouvements du poignet. Fidèle à l’esthétique Classic Fusion, l’ensemble conserve une élégance contenue, presque minimaliste, qui contraste avec la richesse visuelle du cadran.

C’est précisément sur ce cadran que s’exprime toute la force de cette création. Le motif camouflage, réinterprété dans une version monochrome noir sur noir, ne cherche jamais l’effet démonstratif. Il apparaît, disparaît, se transforme selon l’angle et l’intensité de la lumière. Une lecture dynamique, presque organique, qui évoque le mouvement des tissus chers à Yohji Yamamoto autant que le travail de la matière propre à Hublot. Le camouflage n’est plus un motif fonctionnel ou militaire, mais une étude graphique, une réflexion sur la perception.
Les aiguilles plaquées noir se fondent dans cet univers volontairement homogène, renforçant cette sensation d’objet presque abstrait, où la lecture du temps devient une expérience plus intuitive que frontale. Le fond de boîtier en saphir fumé prolonge cette esthétique en dévoilant partiellement le calibre automatique HUB1110. Le rotor squeletté se laisse deviner sans jamais rompre le mystère, fidèle à cette idée chère aux deux créateurs selon laquelle tout n’a pas vocation à être montré.

Animée par ce mouvement automatique offrant une réserve de marche d’environ 48 heures, la Classic Fusion Yohji Yamamoto All Black Camo ne cherche pas la surenchère technique. Elle revendique une cohérence globale, où chaque composant sert une vision esthétique et philosophique précise. Une approche qui fait écho à l’Art de la Fusion cher à Hublot, consistant à faire dialoguer innovation, héritage et matériaux contemporains sans jamais céder à la facilité.
Le bracelet en tissu noir et caoutchouc parachève cette fusion des mondes. Il évoque à la fois la couture tactile du créateur japonais et l’exigence technique de l’horloger suisse. Souple, confortable, parfaitement intégré au boîtier, il prolonge cette sensation de continuité visuelle et sensorielle, comme si la montre avait été pensée comme un tout indissociable.

Au-delà de l’objet, cette Classic Fusion Yohji Yamamoto All Black Camo raconte une histoire commune. Celle de deux maisons qui ont bâti leur identité en défiant les conventions. Hublot, en osant dès 1980 associer l’or et le caoutchouc, redéfinissait les codes de l’horlogerie de luxe. Yohji Yamamoto, en imposant le noir sur les podiums parisiens dès 1981, bouleversait les normes de la mode occidentale. Tous deux ont fait de la déconstruction un acte créatif, une manière de questionner la notion même de luxe.
Comme le souligne Julien Tornare, CEO de Hublot, le luxe n’est pas ce qui brille, mais ce qui dure. Une conviction que Yohji Yamamoto partage depuis toujours, lui qui conçoit des pièces pensées pour traverser le temps, loin des tendances éphémères. Cette montre en est l’illustration parfaite. Elle ne cherche pas à séduire immédiatement, mais à s’imposer progressivement, par la profondeur de son propos et la justesse de son exécution.
Proposée au prix de 12 000 euros, la Classic Fusion Yohji Yamamoto All Black Camo s’adresse à des amateurs éclairés, sensibles à la notion de design conceptuel et à la force du minimalisme. Une montre qui ne se livre pas au premier regard, mais qui récompense l’observation attentive. Une pièce radicale, silencieuse et profondément contemporaine, qui rappelle que le noir, lorsqu’il est maîtrisé, peut devenir l’expression la plus aboutie de la créativité horlogère.



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