
Dans un salon comme Watches and Wonders Geneva, où chaque maison cherche à affirmer sa vision de l’horlogerie contemporaine, certaines propositions se distinguent par leur capacité à conjuguer fidélité et évolution. C’est précisément le chemin emprunté cette année par Eberhard & Co., qui dévoile deux nouveautés majeures au sein de ses collections historiques Scafograf et Tazio Nuvolari.
Derrière ces lancements, une idée simple mais exigeante : évoluer sans se renier. Deux modèles, deux univers, mais une même ligne directrice. Celle d’un dialogue constant entre passé et avenir, incarné par un symbole aussi discret que puissant : le triangle. Présent dans les index du nouveau Scafograf comme dans la structure du cadran du chronographe Tazio Nuvolari, il devient ici un véritable manifeste. La base comme fondation, la pointe comme direction. Une manière de rappeler que l’horlogerie ne progresse jamais sans mémoire.

Le Scafograf 200 MCMLIX s’inscrit dans cette continuité avec une élégance maîtrisée. Inspiré du modèle originel de 1959, il conserve son ADN de plongeuse professionnelle tout en adoptant des proportions contemporaines, avec un boîtier de 39 mm parfaitement équilibré. Les index triangulaires, signature historique de la collection, ne relèvent pas d’un simple choix esthétique. Ils répondent à une exigence fonctionnelle, celle d’une lisibilité immédiate, y compris dans les conditions les plus extrêmes.
Cette approche pragmatique se retrouve dans chaque détail. La pointe de l’aiguille des heures, construite autour de trois triangles, renforce cette identité visuelle tout en optimisant la lecture. La présence d’une valve automatique d’échappement de l’hélium rappelle quant à elle la vocation technique du modèle, pensé pour la plongée profonde.

Mais le Scafograf ne se contente pas d’être performant. Il soigne également sa présence. Les différentes déclinaisons de cadrans, noirs ou bleus, dégradés ou monochromes, jouent avec la lumière et offrent des interprétations variées d’un même langage esthétique. La lunette en céramique, parfaitement intégrée, vient renforcer cette impression de cohérence.
L’introduction d’un bracelet en maille milanaise marque une évolution intéressante. Héritée des années 1950 à 1970, cette solution apporte une dimension plus raffinée à une montre pourtant ancrée dans l’univers subaquatique. Léger, souple, parfaitement ajusté, il transforme le rapport au poignet sans trahir l’esprit de la pièce.

Changement de registre avec la collection Tazio Nuvolari, où l’horlogerie rencontre l’histoire du sport automobile. Figure mythique, Tazio Nuvolari dépasse ici le simple statut de pilote pour devenir une source d’inspiration permanente. Depuis 1992, la maison célèbre son héritage non pas dans une logique nostalgique, mais comme une incarnation intemporelle du courage et du dépassement de soi.
Le nouveau chronographe introduit cette année poursuit cette démarche avec une approche plus texturée. Son cadran, travaillé en finition Clous de Paris, offre une profondeur inédite. Le motif, composé de micro-pyramides, capte la lumière et crée un jeu de reliefs subtil, presque vivant. Une esthétique généralement associée à des pièces plus classiques, ici détournée au service d’un chronographe sportif.

Les références au monde automobile sont omniprésentes, mais jamais appuyées. La lunette avec échelle en miles par heure, les larges compteurs, ou encore les détails du fond de boîte participent à une narration cohérente. Chaque élément semble faire écho à une époque où la course automobile relevait autant de l’exploit technique que de l’engagement humain.
Le symbole de la tortue, emblématique de Nuvolari, trouve naturellement sa place sur le cadran. Porté comme un talisman, il rappelle cette célèbre dédicace de Gabriele D’Annunzio : « À l’homme le plus rapide, l’animal le plus lent ». Une opposition presque philosophique, qui résume à elle seule la complexité du personnage.



Les différentes déclinaisons proposées, cadran noir ou contrasté avec compteurs blancs, permettent d’explorer des sensibilités variées. L’introduction du monogramme “TN” en jaune sur certaines versions apporte une touche personnelle, presque intime, renforçant le lien entre la montre et l’homme qu’elle célèbre.
Avec ces deux nouveautés, Eberhard & Co. ne cherche pas à réinventer ses collections. La maison les fait évoluer avec intelligence, en respectant leur essence tout en les adaptant aux attentes contemporaines.


Deux montres, deux histoires, mais une même ambition. Celle de prouver que l’horlogerie peut continuer à avancer sans jamais perdre le fil de ce qui la rend unique.



Laisser un commentaire