
Au fil d’une maraude pluvieuse entre Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds, Fleurier et Montreux, Passion Horlogère a eu le grand privilège de découvrir ce groupement d’entreprises unique, à la philosophie très particulière et aux compétences uniques au monde.
Afin de bien appréhender l’univers de Parmigiani Fleurier, il me semble essentiel de résumer l’histoire de son fondateur ainsi que l’organisation de ce groupe.
« Qui sait regarder acquiert l’Art » : voici le crédo qu’a laissé son père à Michel Parmigiani ; savoir observer est essentiel. Durant ses études à la Chaux-de-Fonds, Michel Parmigiani découvre le patrimoine de l’horlogerie ancienne, se met à son compte en 1970 et lance son activité de restauration, en plein cœur de la crise horlogère. Grâce à ses compétences, son respect des anciens et sa grande curiosité, Michel Parmigiani est amené à restaurer des pièces exceptionnelles qui constitueront le terreau de ses créations à venir. Dans les années 1980, il se voit confier la maintenance de la collection Maurice Yves Sandoz, d’une richesse inestimable. C’est ainsi qu’il fait la rencontre de Pierre Landolt, Président de la Fondation de Famille Sandoz, dont l’admiration et la confiance seront les déclencheurs de l’aventure horlogère de Parmigiani Fleurier.
En 1996, Michel Parmigiani peut désormais avoir les moyens et ressources de production pour créer une marque qui porte son nom. Dès lors, Parmigiani Fleurier se tourne vers le présent et devient créatrice de pièces horlogères.
Mais ce qui fait la singularité de cette démarche, c’est qu’au-delà de la marque horlogère, la fondation Sandoz a permis la création d’un pôle horloger unique.
Michel Parmigiani est viscéralement attaché à sa région natale, le Val-de-Travers. L’histoire de Parmigiani Fleurier est intimement liée à cette vallée. Michel Parmigiani choisit tout naturellement Fleurier pour implanter son premier atelier, en 1976, alors que la région est déclarée sinistrée, laminée par les années noires qui voient les fleurons de l’horlogerie mécanique disparaître au profit du mouvement électronique. L’homme connaît les immenses compétences horlogères de la vallée et souhaite les valoriser. La première, Parmigiani Fleurier a su remettre en valeur les compétences horlogères du Val-de-Travers, et se lance dans la création d’un écosystème lui permettant de couvrir de façon exhaustive tous les processus artisanaux et industriels essentiels à la création de garde-temps d’exception : Le pôle MHF (Les Manufactures Horlogères de la Fondation) est créé. Dans cette dynamique, plusieurs sociétés intégrées au groupe : Atokalpa, entreprise de décolletage produisant tous les composants du mouvement, Elwin, entreprise spécialisée dans le décolletage et l’équipement de machines, Les Artisans Boîtiers, entreprise de production de boîtiers et enfin Quadrance, dédiée au développement et la production de cadrans.
Ainsi, depuis 2000, grâce à la Fondation de Famille Sandoz et sous l’impulsion de Michel Parmigiani, tous les objectifs assignés ont été atteints :
– 450 emplois horlogers ont été créés, représentant 50 corps de métier ;
– la transmission des compétences est dorénavant assurée grâce à une démarche d’apprentissage omniprésente dans le groupe ;
– Le tissu horloger du Val-de-Travers se recrée, amenant d’autres marques prestigieuses à s’implanter dans la région ;
– Tous les composants d’une montre peuvent être développés et produits de façon verticalisée, Du spiral au rouage, de la boîte au cadran.
D’immenses compétences sont rassemblées dans l’entreprise, qui permettent de développer les boîtiers les plus complexes, dans tous les métaux ou alliages possibles, que la montre soit une pièce unique ou de série.
Cette visite a été pour moi une révélation, à plusieurs titres. J’y reviendrai plus tard.
Tout débute par le design du créateur, la plupart du temps couché sur le papier, reprenant la forme générale de la montre et ses spécificités (ici le modèle Bugatti SuperSport, fruit du partenariat avec la prestigieuse marque automobile, intégrant un système de couronne dynamométrique inédit ) :
Au fil de mes rencontres, les concepteurs de plusieurs maisons indépendantes m’ont révélé la plus grande difficulté de leur activité : être capables de trouver des partenaires technologiques à même de les suivre dans leur démarche, posséder l’expertise nécessaire pour aller défricher des terrains jusqu’alors inconnus, mais être également en mesure de travailler sur des séries très limitées.
Mon temps passé chez Les Artisans Boîtiers a été édifiant : quasiment tous les horlogers indépendants qui animent ma passion leur font confiance pour concevoir leurs boîtiers.
C’est grâce à l’expertise de LAB que les folies horlogères qui me font aujourd’hui rêver se matérialisent. Je leur voue à ce titre un respect sans bornes. Merci à vous.
Face au risque de disparition des compétences historiques des cadraniers et au défaut de cursus d’apprentissages académiques, Quadrance porte une attention toute particulière à former de façon continue de nouveaux artisans experts. Par exemple, beaucoup de coiffeuses – possédant les qualités de minutie et de concentration nécessaires – sont recrutées et formées aux différents métiers de cadranier.
De nombreux matériaux de base sont utilisés pour la réalisation de cadrans, nickel, argent, différents type d’or. Leur base est usinée par machines à commande numérique et ensuite guillochée.
Après avoir régalé mes papilles de perches du Lac (merci Frédéric), et sous un soleil toujours aussi peu clément, J’arrive à Fleurier et découvre Vaucher Manufacture Fleurier.
Vaucher Manufacture Fleurier est spécialisée dans les segments Haut de gamme et Prestige.
Ici encore, tout peut être réalisé, à partir d’un mouvement existant ou sur une base inédite. Les mouvements sont conçus en CAO, avant de sortir sur des plans papier.
Ici encore, toutes les compétences sont réunies pour proposer des calibres complets : prototypage, usinage des platines et ponts (CNC) dans tous types de métaux, pré-assemblage, assemblage, décoration.
C’est comme souvent l’activité de restauration de pièces anciennes qui est au cœur de la nouveauté chez Parmigiani. C’est en effet à la suite d’un travail sur une montre ovale signée Vardon et Stedlann de 1800 qu’est venue l’idée du nouveau modèle Parmigiani Fleurier, le Pantographe.
Ici le modèle historique, sublimement restauré :
Et voici la réinterprétation moderne de cette icône :
Je finis ma visite avec la présentation de la gamme complète.
En haut Kalpa hebdomadaire XL or rose, en bas Quantième Perpétuel Rétrograde or rose.
Tonda Quatuor, Quantième perpétuel or blanc.
A noter que les bracelets cuir sont les seules pièces non réalisées par Parmigiani Fleurier. La marque bénéficie d’un partenariat exclusif avec le sellier Hermès pour la fourniture de ces pièces.
Impossible de parler de la gamme Parmigiani Fleurier sans présenter les grandes complications, des montres exceptionnelles de complexité et au design fort.
Bugatti Supersport, couronne dynamométrique, affichage à 90 degrés et platine et ponts en titane.
Ovale tourbillon trente secondes or blanc, réserve de marche de 8 jours.
A l’heure où nombre de marques cherchent à légitimer des tarifs prohibitifs par des justifications historiques, Parmigiani s’appuie au contraire sur un immense patrimoine horloger pour inventer l’horlogerie de demain.
Un immense merci pour leur accueil et leur disponibilité à Frédéric Tempier, Mélanie Yerly et Camille Bigot, sans oublier bien sûr Michel Parmigiani.
Textes et photos : Frédéric D. pour Passion Horlogère
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