À l’occasion du dernier Watches & Wonders, Passion Horlogère a eu le plaisir de retrouver Niels Eggerding, CEO de Frederique Constant. Un dirigeant à la fois chaleureux, direct et profondément engagé dans le développement de la Maison genevoise.

Arrivé au sein du groupe Frederique Constant en 2012, Niels Eggerding en a progressivement gravi les échelons avant d’en prendre la direction générale en 2018. Depuis, il accompagne la croissance d’une marque qui s’est imposée comme l’une des références du luxe horloger accessible, avec une ambition claire : proposer une horlogerie suisse de qualité, dotée de véritables calibres Manufacture, sans renoncer à une forme de mesure dans les prix.
Sous son impulsion, Frederique Constant a renforcé sa Manufacture de Plan-les-Ouates, développé ses collections stratégiques, installé Highlife comme un pilier de son offre contemporaine, et redonné une place importante aux collections Classic. Cette année encore, la marque poursuit sa trajectoire avec une attention particulière portée aux femmes, aux collectionneurs, et à une clientèle plus jeune.

Rencontre avec un CEO qui avance avec méthode, conviction, et une idée simple : faire moins, mais mieux.
Passion Horlogère : Dans le contexte économique actuel, Frederique Constant est-elle encore dans une logique de croissance, ou plutôt dans une phase de consolidation ?
Niels Eggerding : Il y a évidemment beaucoup d’incertitudes aujourd’hui. On parle de la situation économique, des guerres, des tensions géopolitiques, des droits de douane aux États-Unis… Si l’on m’avait posé la question il y a dix ans, j’aurais peut-être répondu qu’il était difficile d’imaginer continuer à croître dans un tel environnement.

Mais l’industrie horlogère est devenue extrêmement résiliente. Nous avons appris à nous adapter. Frederique Constant reste une marque d’une taille qui lui permet encore de progresser année après année. Si une région du monde est impactée par une crise, il faut être capable de compenser ailleurs.
Nous avons progressé en 2025, et j’attends également une croissance significative en 2026. Nous avons beaucoup investi dans l’organisation, et ces investissements doivent désormais soutenir notre développement.

Passion Horlogère : Le marché féminin semble prendre une place de plus en plus importante chez Frederique Constant. Est-ce une tendance forte pour la marque ?
Niels Eggerding : Oui, très clairement. Nous avons gagné des parts de marché sur le segment féminin. Historiquement, nous étions déjà autour de 60 % d’hommes et 40 % de femmes, avec certains marchés proches d’un équilibre 55 / 45.
Mais le lancement de la Manchette a été un tournant. C’est le plus grand succès féminin que j’aie connu depuis que je travaille pour Frederique Constant, c’est-à-dire depuis quatorze ans. Je n’avais jamais vu cela auparavant.

Deux éléments ont été déterminants. D’abord, le produit lui-même : il est plus mode, mais il reste élégant, luxueux, cohérent avec notre positionnement. En termes de prix, de présentation et de proposition globale, l’équilibre était parfait.
Ensuite, la campagne de communication a été très différente de ce que nous avions pu faire auparavant. Elle nous a permis de toucher une audience beaucoup plus jeune, ce qui était précisément notre objectif. Et lorsqu’une marque parvient à séduire une clientèle féminine plus jeune, elle ne perd pas pour autant les femmes plus matures. Au contraire, celles-ci adhèrent également. Cela nous a permis d’élargir fortement notre audience.

Passion Horlogère : Cette année, Frederique Constant poursuit cette dynamique avec une Worldtimer très féminine. Quelle est la stratégie derrière cette pièce ?
Niels Eggerding : Cette montre est très particulière. Elle est limitée, donc je n’ai aucune inquiétude sur sa capacité à trouver son public. Mais c’est aussi une pièce de communication très importante pour nous.
Nous n’avions jamais proposé une Worldtimer Manufacture avec une telle approche. Elle dispose d’une réserve de marche de 72 heures, soit une augmentation très importante par rapport à la génération précédente. Elle présente également un sertissage de diamants, et elle est livrée avec deux bracelets.

Je ne veux pas la présenter uniquement comme une montre pour femmes. Elle peut être portée de manière unisexe. Mais il est évident qu’elle possède une touche plus féminine.
Je pense que les femmes méritent elles aussi d’avoir accès à de beaux calibres Manufacture. Pendant longtemps, beaucoup d’hommes achetaient des montres pour les femmes. Aujourd’hui, les femmes achètent aussi leurs montres pour elles-mêmes. Et chez Frederique Constant, nous constatons que la marque est appréciée par des femmes qui décident elles-mêmes de leur achat, parce qu’elles estiment qu’elles le méritent. Cette montre correspond parfaitement à cette évolution.

Passion Horlogère : Lorsque la collection Highlife a été relancée, elle a immédiatement rencontré un très fort succès. Aujourd’hui, la communication semble davantage se concentrer sur les collections Classic. Est-ce une volonté d’équilibrer l’image de la marque ?
Niels Eggerding : Notre stratégie se construit par cycles de trois ans. Avec mon équipe, nous travaillons toujours sur des périodes longues, car une seule année ne suffit pas à installer une collection. Un lancement peut créer un effet immédiat, mais c’est la répétition, sur trois ans, qui permet de construire une vraie relation avec le public.

À partir de 2020, nous nous sommes concentrés pendant trois ans sur Highlife. La collection a très bien fonctionné et elle reste très importante pour nous. Cela ne veut pas dire que nous l’oublions. L’année dernière, nous avons notamment travaillé sur des collaborations avec Bamford, Time+Tide et Highlife, avec une exposition médiatique assez exceptionnelle.


Après cette phase, nous sommes revenus pendant trois ans sur la collection Classic, avec un travail de redesign et de repositionnement. C’est une question d’équilibre, mais aussi de cohérence. Frederique Constant ne doit pas devenir une marque d’une seule collection.
Passion Horlogère : La Maison dispose aujourd’hui de plusieurs collections fortes, de nombreux calibres Manufacture et d’une base solide. Faut-il s’attendre à de nouvelles collections ou plutôt à une consolidation de l’existant ?
Niels Eggerding : Le cœur de collection est solide, et c’est essentiel. Mais une marque de luxe doit à la fois être cohérente et continuer à innover.
Dans ma tête, je suis déjà en 2027 et 2028. Nous avons beaucoup de projets passionnants. Mais nous ne voulons pas partir dans tous les sens. Ce que nous faisons, nous voulons le faire bien. Aller vers trop de quantité n’aide pas forcément. Ma conviction, c’est plutôt : moins, mais mieux. C’est ce qui fonctionne le plus efficacement pour nous.

Passion Horlogère : Frederique Constant appartient aujourd’hui au groupe Citizen. Cette appartenance vous laisse-t-elle suffisamment de liberté pour imaginer et développer la marque comme vous le souhaitez ?
Niels Eggerding : Oui, je dirais que oui. J’ai appris, depuis neuf ans maintenant, à travailler avec les Japonais. Ils sont très respectueux et nous laissent de l’espace pour explorer, pour imaginer, pour développer.

En même temps, ils nous aident à être plus structurés. Je ne suis pas quelqu’un de très corporate dans l’âme. Je suis plutôt entrepreneurial. Mais le mélange des deux approches est très complémentaire. Ils me donnent beaucoup de liberté, tout en m’aidant à mieux organiser mon temps et mes priorités à mesure que la marque grandit.
Passion Horlogère : On sent aujourd’hui un intérêt croissant des collectionneurs pour Frederique Constant. Quel message souhaitez-vous leur adresser ?
Niels Eggerding : D’abord, merci. Merci d’être des collectionneurs de montres, et merci de collectionner Frederique Constant.
Ensuite, je leur dirais de garder un œil sur la marque. Beaucoup de choses arrivent. Nous avons volontairement développé des collaborations exclusives, des pièces plus haut de gamme, des montres avec calendrier perpétuel, tourbillon, des coffrets, des propositions destinées aux amateurs les plus avertis.

Ces projets renforcent la désirabilité de Frederique Constant auprès des collectionneurs, mais ils bénéficient aussi à l’ensemble de la marque. Lorsqu’une Maison devient désirable auprès des passionnés, elle gagne également en force auprès d’un public plus large.
Alors oui, beaucoup de choses arrivent. Et je remercie sincèrement les collectionneurs qui nous accompagnent déjà.



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